Titre et générique

Le titre

Le titre d’un film, c’est important. C’est son nom, sa carte de visite, son argument de vente… Pas surprenant que les professionnels donnent d’abord un “titre de travail” à leur film: ils attendent d’avoir tout fini avant de choisir définitivement ce titre. De cette façon, si le sujet se modifie en cours de route, on peut se réajuster.

Le titre doit à la fois résumer et évoquer le film sans en exposer totalement le contenu. En documentaire, on préférera le titre concret, précis, mais en tout temps, la poésie est autorisée. L’originalité est intéressante mais la bizarrerie joue parfois de vilains tours. Tout comme les titres trop longs (que les gens raccourciront de toute façon…) et les titres en langue étrangère qui risquent d’être “massacrés”…

Le générique

Le générique, c’est la liste de toutes les personnes, organismes, groupes, compagnies, institutions… ayant d’une façon ou une autre collaboré au film.

Évidemment, on distingue, le générique de début et le générique de fin. Le générique de début est plus court (dans la majorité des cas) et ne comporte que les noms importants: interprètes connus du public et maison de production. Quant au générique de fin, il est plus long parce que plus complet: allant parfois jusqu’au plus anonyme figurant et invisible technicien de la finition de la piste sonore ou des effets spéciaux. Dans le cas des films amateurs ou étudiants, il faut surtout ne pas oublier (et écrire correctement…) le nom des gens qui nous ont prêté le lieu de tournage, nous ont nourris, véhiculés, etc. Les remerciements sont donc de mise.

Pour ce qui est de l’équipe technique et des interprètes, on s,attend parfois à ce que les noms reviennent à différents titres mais évitez de mettre le vôtre partout uniquement parce que vous avez jeté un oeil sur tout à titre de réalisatrice. En passant, pour ce qui est de la féminisation des termes, si elle vous contrarie, remplacez-la par la fonction (réalisation) plutôt que par le titre (réalisateur, réalisatrice).

Regroupez les participants par secteur d’activité (en déterminant d’avance par quoi vous remplacerez assistant et assistante: assistanat ou assistance?) et assurez-vous de reconnaître les droits d’auteur si vous avez une bande sonore ou des extraits de livres, de films… Dans tous les cas, faites en sorte que le générique ne soit pas plus long que le film ni plus sophistiqué ou techniquement époustouflant, tout simplement parce que cela nuirait à votre film, dont le public ne se souviendra que du générique…

Dans l’ensemble, assurez-vous que votre film
“Rend à César, ce qui est à César!”

Plan de rédaction d’une analyse

Avant d’écrire un texte d’analyse, c’est toujours une bonne idée de se faire un plan.
Il peut ressembler à un brouillon ou à quelque chose de très organisé, on peut le suivre ou s’en écarter… peu importe: le plan sert à mettre nos idées en place, à les organiser les unes par rapport aux autres et à décider dans quel ordre on va les traiter.
Je vous propose un plan “tout usage. que vous pourrez adapter à vos besoins.

Introduction: (moins de 1/5 du travail)
elle sert à présenter son sujet et à faire comprendre vers quoi on se dirige.
-Identifier-présenter le film (ou les films) analysé; ça doit être bref et précis;
-présenter l’hypothèse à vérifier: inclure le point de vue et la position de départ sur celle-ci;
identifier les parties de l’hypothèse ou les éléments qui permettront de la vérifier et les relier entre eux en expliquant comment ils se rejoignent;
-préciser quel aspect (ou aspects) du film est utilisé pour vérifier l’hypothèse;

Développement: (environ 3/5 du travail)
Procéder à la vérification de l’hypothèse avec des preuves, pour ou contre soit;
-par démonstration: en énumérant les éléments relevés au visionnage du film qui contribuent à prouver notre position par rapport à l’hypothèse;
-par argumentation; en alternant les éléments du film qui démontrent ou contredisent notre hypothèse de façon organisée, pour arriver à soit prouver soit contredire celle-ci, considérant la force d’impact des éléments en question.

Dans les deux cas:
-regrouper les éléments par catégories; thèmes,aspects techniques, esthétique…
-les regrouper également en sous-catégories:
thèmes: thèmes principaux,sous-thèmes, thèmes absents…
aspects techniques: caméra, bande sonore, interprétation…
esthétique, cinématographique, personnages, décors…
-préciser les liens logiques ou argumentaires à faire entre les éléments:
par ordre d’importance,
par ordre d’apparition,
par comparaison,
par opposition,
par renforcement…

Conclusion: (environ 1/5 du travail)
quelle conclusion tire-t-on de cette analyse par rapport à l’hypothèse?
quel était l’intérêt de cette démonstration: nous amène-t-elle à mieux comprendre, apprécier…. le film?
Peut-on tirer quelque enseignement de cette analyse, peut-on la poursuivre ailleurs (avec d’autres films, par exemple)?

À force de vous servir de ce plan, vous ne pourrez plus vous en passer. Pourquoi: parce que lorsque le plan est complet, écrire le texte devient extrêmement facile. Donnez-m’en des nouvelles!

Le fameux “deuxième niveau”

Il arrive souvent que les gens qui analysent ou critiquent un film, disent: “ce dont le film parle au deuxième niveau”. Il s’agit pour eux, tout simplement, d’utiliser le contenu du film comme on le faisait autrefois avec les paraboles de la Bible ou du Nouveau Testament et de dépasser les simples faits ou événements pour essayer de comprendre de quoi ceux-ci parlent dans le contexte dans lequel on les a placés ou par rapport au contexte actuel.
Lorsque Jésus se présente comme un berger qui rassemble son troupeau, personne ne pense qu’il s’agit vraiment de moutons…
De la même façon, un film ou un livre peut raconter une histoire mais en fait parler de complètement autre chose que de cette histoire comme telle, soit parce qu’il s’agit d’un commentaire politique, soit parce qu’il s’agit d’un commentaire social, etc. Ainsi situer une histoire dans une paroisse, nous permet de nous demander s’il ne s’agit pas, au deuxième niveau, d’un commentaire sur la religion catholique, puisque celle-ci est la seule à délimiter des paroisses. Le fait de situer l’action dans une paroisse est, aussi, significatif en soi: on y verra sûrement un curé, le sacristain, quelques fidèles… Ces gens ordinaires sont donc définis par leur religion et non par leur statut social ou leur profession, etc., à moins que justement le film vise à faire les lien entre la religion catholique et le statut social ou la profession des personnages.
De la même façon, la série télévisée qui met en scène une mosquée et les gens qui vivent autour de celle-ci, ne parle probablement pas de la religion catholique mais plutôt de l’Islam, sauf que comme nous sommes un pays majoritairement chrétien, le programme vise probablement à faire un lien entre les deux religions.
De la même façon encore, si l’action se situe dans une région d’un pays, par exemple le Sud des États-unis, comme spectateur, je dois comprendre que le film ne me parle pas de tous les états des États-Unis.

Prenons un autre exemple: le conte du Petit Chaperon Rouge. Autrefois, et c’était le cas de tous les contes, il servait d’enseignement aux enfants. La leçon était ici de ne pas s’aventurer dans des lieux inconnus. or dans les années 70, au plus fort du féminisme, le conte a été repris par les féministes pour en faire, au “deuxième niveau” un avertissement à toutes les femmes de se méfier des hommes.

Pour “atteindre” le deuxième niveau de sens du film, il faut donc tenter de ré-interpréter les faits et les événements du film, en les regardant à la lumière d’événements récents, du contexte de l’histoire du film, du contexte de production du film, etc. et de tenter de comprendre quel sens on a voulu donner au film.

Organiser son horaire de tournage

Pas facile de prévoir d’avance combien de temps il vous faudra pour tourner votre film. Vous devez avoir franchi certaines étapes avant d’arriver à fabriquer cet horaire.

Ça peut paraître évident mais je précise tout de suite qu’écrire le scénario et ses dialogues ou faire une esquisse des éléments à mettre dans son documentaire, ça doit précéder la fabrication de l’horaire. Mine de rien, si on se dit :”On se retrouve en fin de semaine et on fait un film!”, avec une proposition aussi vague, je peux vous promettre que vous n’aurez pas un film après cette fin de semaine-là.

L’autre préalable essentiel, c’est de déterminer quel sera ou quels seront les lieux de tournage. Tant que vous ne savez ni où c’est, ni s’il faudra se déplacer d’un lieu à l’autre, comment voulez-vous évaluer le temps que ça vous prendra pour vous rendre à l’un ou à l’autre ou aux autres? Évidemment le moyen de déplacement entrera  aussi dans vos calculs: serez-vous en auto, en autobus, en vélo???

Le temps de tournage ne se limite pas non plus au moment où la caméra fonctionne! Vous devez évaluer le temps de mise en place du “décor”, de l’éclairage, du ou des micros, etc. Vous devez aussi penser au démontage et remontage de ces équipements non seulement entre les lieux de tournage mais parfois entre les plans: s’il y a déplacement de la caméra, même sans changement de lieu, il y aura peut-être déplacement de l’éclairage ou des micros.

Éventuellement, vous pourriez avoir à ajuster votre horaire de tournage aux disponibilités des membres de votre équipe, interprètes ou intervenants dans le cas des documentaires ainsi qu’aux disponibilités des lieux.

Tous ces éléments dont il faut tenir compte vous amèneront peut-être à limiter le nombre de lieux et le nombre de personnes impliquées dans un premier tournage.

La question du fond et de la forme

Au moment d’analyser un film, il faut d’abord se demander est-ce que je vais analyser l’histoire (et ses personnages, son contexte, son déroulement…) autrement dit: le fond, ou comment on me raconte cette histoire, donc la cinématographie (à travers le travail de caméra, le choix et le jeu des acteurs, la bande sonore, la technique en général et les effets spéciaux en particulier…) c’est-à-dire la forme? À part quelques films dont l’objectif est spécifiquement de démontrer les capacités d’une nouvelle technique, il faut généralement relier les deux parce qu’ils constituent un tout et se nourrissent mutuellement, se complètent, se soutiennent… à un point tel que s’ils ne concordent pas, ce serait, en soi, un fait à analyser.

Ce qu’on appelle le fond, c’est l’histoire, qu’on appelle aussi le récit (puisqu’on nous raconte quelque chose) ou parfois la diégèse (c’est-à-dire l’univers du film, le monde du film) et dans l’ensemble, le scénario, ce qui a été écrit, préparé pour le tournage. Si je m’intéresse à l’histoire du film, je ne peux pas commenter les actions du personnage en disant: “Lorsque Tom Cruise bat l’amant de sa femme…” parce que ce n’est pas Tom Cruise qui se bat, c’est le personnage et il faut lui donner son nom. C’est en collant comme ça continuellement au film, au personnage (à son caractère, son passé, ses actions,etc.) et à l’endroit de même qu’au temps (époque, durée, etc.) où se passe l’histoire que j’analyse le “fond”.

Ce qu’on appelle la forme, c’est ce qui résulte du travail des techniciens qui ont fait le film que ce soit au niveau de l’image, du son, du travail des interprètes ou des effets spéciaux durant ou après le tournage, du décor, des costumes… Chacune de ces parties du travail sur le film comprend, elle-même, bien des éléments à considérer. Par exemple, pour parler de l’image, je peux m’intéresser au travail de la caméra (cadrage, mouvements, rapprochement…) ou à l’éclairage (sombre, lumineux, changeant…) mais aussi à sa couleur générale, à sa qualité esthétique, etc. De même pour analyser la bande sonore, je ne peux pas me limiter à la musique: je dois aussi penser aux bruits de fond, aux silences, etc.

Ce qui limitera et déterminera les questions que je pose à cette catégorie d’éléments, c’est le film lui-même et mon rapport au film (sur lequel je reviendrai).

P.S.: To the occasional adventurous anglophone reader: if you wish me to write some posts in English, just ask and your wish will be satisfied although in a sometimes approximate English

Monter une équipe de tournage: recrutement.

Une des premières choses à organiser pour faire un film, c’est l’équipe.

L’équipe technique, comprend plusieurs personnes: il faut les trouver, les recruter, leur attribuer des fonctions, des tâches, des responsabilités, etc.

L’erreur la plus fréquente au moment du recrutement, c’est de ne recruter les gens que sur la base des relations que nous avons avec ces personnes. Travailler avec ses amis est effectivement sympathique, mais si l’ami n’est pas compétent ou n’a aucune expérience, ça devient plutôt compliqué et délicat comme gestion s’il y a des pépins. Personnellement, je me verrais mal congédier mon beau-frère… ou demander à mon père de reprendre une scène. Vérifiez donc d’avance la capacité des membres de l’équipe à travailler sous une autorité précise.

Par ailleurs, s’il est préférable de recruter les gens sur leurs capacités ou  leur expérience. Dans le cas où tout le monde “commence”,  il faut à tout le moins déterminer “qui fera quoi”, de façon à éviter les empiétements, les chevauchements  et, éventuellement, les conflits. Par exemple, si vous vous retrouvez avec deux personnes qui veulent “réaliser” trouvez un compromis pour n’avoir qu’une personne qui porte le titre et ait l’autorité qui l’accompagne, c’est-à-dire, le mot final. Soit vous vous entendez pour tourner deux films et chaque personne en réalisera un, soit une des deux personnes accepte un autre poste qu’elle juge aussi gratifiant et intéressant.

Avec des gens d’expérience, il est plus facile de chercher des compétences complémentaires. Leur expérience démontre leur intérêt pour ce type d’activité ou en tout cas, la connaissance de ce que cette fonction implique. Dans le cas où quelqu’un voudrait justement en profiter pour acquérir de l’expérience dans un autre domaine, vous pouvez lui ajouter le titre d’assistant dans ce domaine. De cette façon, cette personne fait le travail qu’elle connaît et a la chance de travailler avec quelqu’un d’expérience dans le domaine qu’elle souhaite découvrir et vous vous assurez de compétence dans les deux domaines.

Autre erreur fréquente au moment de la constitution de l’équipe: minimiser le travail et l’engagement nécessaire. Lorsque vous dites “la fin de semaine” si, en fait, vous voulez dire du vendredi soir au dimanche soir non-stop, assurez-vous que c’est bien ce que les autres comprennent. Pour certains, la fin de semaine, ça veut dire, rien avant 10 heures a.m., rien le samedi soir, etc.

Si le tournage se répartit sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, vérifiez les disponibilités des membres de votre équipe. Ça peut aller jusqu’à constituer un tableau de ces disponibilités et ça peut aussi aller jusqu’à écarter quelqu’un de l’équipe parce que ses disponibilités ne coïncident pas avec celles de l’équipe.

Une fois les membres recrutés, prenez en note toutes les coordonnées des membres de l’équipe. En tournage étudiant, il est fréquent que les gens ne se donnent que leur prénom et oublient aussi de se donner leurs nos de téléphone. cellulaire, adresse internet, etc. Pas facile ensuite de trouver tout ça avec comme seule information: “Caroline, vous savez la blonde aux yeux bleus…” Essayez d’éviter ces pépins avec des coordonnées les plus complètes possibles.

Enfin, dernière suggestion et non la moindre, assurez-vous de l’intérêt de chacun des membres de l’équipe pour le projet. Si votre projet ne les intéresse pas, ils ne s’impliqueront pas et ne seront pas prêts à sacrifier du temps de loisir pour  un film amateur. N’insistez pas auprès des gens qui hésitent et ne tentez pas de les convaincre: vous y arriverez peut-être mais ils vous laisseront tomber à la première difficulté.

Qui gérera tout ce beau monde? Prochain blog!

L’analyse du “gâteau au chocolat”

Vous faites de l’analyse à tous les jours, parce que vous faites de la critique à tous les jours. Faire de l’analyse de film ce n’est pas plus compliqué, il suffit d’adapter vos questions à l’objet analysé.

Prenons un exemple: un morceau de gâteau au chocolat. Si je vous demande de le critiquer, vous pourriez me répondre par “il est bon” ou “il n’est pas bon”. Mais si je vous demande d’être plus précis dans votre critique, vous devrez commencer à analyser ce morceau de gâteau! Vous vous poserez des questions à son sujet:

était-il assez gros, trop gros, juste correct?

était-il assez sucré, trop sucré, juste correct?

la texture était-elle moelleuse, épaisse, granuleuse….?

y avait-il un accompagnement (fruits, confiture, crème, crème glacée…?

comment était cet accompagnement: doux, fort, sucré, piquant…?

Et ce ne sont là, évidemment que quelques questions qu’on pourrait se poser à son sujet (les “…” indiquent aussi qu’on pourrait ajouter des qualificatifs supplémentaires à chacune des questions), il y en a bien d’autres.

Entre autres si on avait, d’avance, un point de vue sur ce morceau de gâteau, celui-ci donnerait une “couleur” particulière à nos questions. Par exemple, si vous étiez au régime, la première question sur la grosseur du morceau de gâteau en amènerait d’autres comme “combien de calories avait-il?” Si vous êtes diabétique, la question deviendrait: “y avait-il trop de sucre?” Si vous êtes allergique aux arachides, vous poseriez la question: “est-il fait avec de l’huile d’arachides?” Et ainsi de suite: si vous êtes chef-pâtissier, si vous êtes exportateur d’aliments, si vous avez un restaurant… les questions que vous poserez seront “colorées”, influencées, modifiées par qui vous êtes.

C’est semblable pour un film et vous verrez que chaque question en amènera une autre,  Si je reprends l’analogie avec le morceau de gâteau, je me demanderai: le film était-il trop long, pas assez long, juste correct?” mais je continuerai avec “pourquoi?” Autrement dit: “qu’est-ce qui a fait que le film m’a paru long (pas assez long, juste correct)?” Et la réponse devra être prouvée, démontrée par des éléments tirés du film. Voici un exemple d’analyse: “le film m’a paru long parce qu’il n’y avait pas d’action, pas de suspense et que je ne me suis pas identifié aux personnages (ou “je n’y ai pas cru”, ou “ils étaient caricaturaux”…) ainsi de suite.

Qui vous êtes comme spectateur et spectatrice influencera aussi vos questions: si vous aimez ou pas les films romantiques influencera votre réponse à “le film était-il trop long?” Si vous êtes sportif, si vous venez de vivre une rupture, si vous relevez d’une maladie, si vous êtes militante politique… tout ça influencera vos questions et vos réponses.

Comme le morceau de gâteau peut être vu comme un tout ou comme l’addition de ses ingrédients ou le mélange, la cuisson parfaite de ses ingrédients, et tout ça peut être analysé, décortiqué, de même le film peut être vu comme un tout ou comme un  scénario mis en scène et en images par une équipe technique et avec des interprètes, et tout ça peut être analysé.

On verra bientôt comment on y arrive.